L. Tshimpumpu : ‘‘L’irruption des femmes dans le monde du sport peut aussi être intéressante économiquement’’

Ancienne membre du comité exécutif de la FECOFA, présidente honoraire de la CNFF (Comité national du football féminin) Lily Tshimpumpu s’est confié à votre rédaction pour évoquer son passage à la CNFF en particulier et parler du football féminin en général.

L’Objectif : Avez-vous  supporté la pression à la tête du football féminin?


Lyly Tshimpumpu : je savais que je n’avais pas de marge d’erreur, parce que les femmes sont plus particulièrement observées. Avec les joueuses, on parle souvent de la pression. J’ai essayé de m’en inspirer en faisant abstraction de ce qui se passait autour d’elles et en évitant de penser que tout allait se jouer sur un seul point. J’ai profité de mon savoir-faire et les conseils de mes responsables de la FECOFA pour bien me préparer. J’ai eu le temps d’échanger avec des ainés du football mondial en général, africain en particulier pour analyser les styles, les différentes méthodes de travail, toutes les actualisations des règles du football à l’international… Je suis arrivée plus tranquille grâce à ça.

Concrètement, qu’est-ce que ça signifie dans la société Congolaise qu’une femme dirige une commission nationale du football féminin?


Il faut savoir qu’ici en RDC, il y a un mouvement féministe très important et dynamique qui a émergé dans ce monde du football depuis quelques années. Les lignes sont peu à peu en train de bouger dans tous les espaces où interviennent les femmes, notamment dans le sport roi. Cela fait plusieurs années que je suis dans le monde sportif. Nous sommes nombreuses dans cette commission nationale en Afrique, mais on commence vraiment à voir les choses que l’on peut changer dans le football féminin dans notre pays : encadrement des filles, orientations d’après le football, scolarisation de masse etc…. Ce qui nous surprend agréablement, c’est qu’il y aussi des hommes qui participent activement à ce changement. Évidemment pas tous. Il y a encore beaucoup de résistance, de violence symbolique envers les femmes. Mais il y a beaucoup de joueuses ou entraîneurs qui sont heureux de voir le foot féminin sortir de cette sphère 100% masculine.

Avec l’avènement de Bestine Kazadi à la tête de V Club, les portes s’ouvrent un peu plus aux dirigeantes?


Actuellement, les clubs commencent à le faire. Ça n’a pas de sens de vouloir nous exclure. Je dis souvent aux dirigeants que l’irruption des femmes dans le monde du sport peut aussi être intéressante économiquement, car cela va apporter plus de téléspectateurs, plus de personnes qui vont vouloir acheter un maillot ou payer une entrée pour aller au stade regarder les filles manipuler le ballon sur la pelouse du stade des Martyrs de la Pentecôte. Il y a un ‘’ boom’’ qui arrive avec des millions de femmes qui vont vouloir être joueuses, dirigeantes, arbitres, spectatrices ou même journalistes sportives. Je m’étais préparée à ça, et c’est pour ça que je suis bien consciente de la signification de la position où je me trouvais étant présidente de cette grande commission d’Afrique centrale, poussée par tout un mouvement. Mes collègues qui sont restées à la tête de la commission nationale du football féminin congolais font la même chose. Chaque fois qu’elles ont de la visibilité, elles parlent d’inclusion et poussent d’autres femmes à se lancer. C’est ce qui va transformer le football féminin de mon pays.

Avez-vous reçu des messages après la démission à la tête du football féminin de la RDC?


Beaucoup de soutien des femmes (joueuses, dirigeantes, arbitres et autres,  qui me disaient : « Je suis avec toi ! J’ai aimé le foot féminin grâce à toi, tu as changé et donné l’envie, ta dynamique, ta passion, ton amour pour l’équipe nationale féminine, la sagesse…. Tes buts sont nos miens. » C’est le plus beau qu’il puisse t’arriver. Parce que même si c’est une réussite individuelle, c’est une réussite atteinte grâce au collectif et qui va aider le collectif en place encore à grandir. Ça me rend très fière. Et en plus de ça, j’adore le foot, féminin en particulier ! Ce n’est pas comme si mon unique objectif était l’égalité des genres ! L’amour de ma vie, c’est le football féminin avec une perspective d’intégration de ceux qui sont écartés pour des raisons culturelles ou de genre.

Comment promouvoir le football féminin au sol congolais ?

 Les défis demeurent de taille et il ne faut pas nous arrêter en si bon chemin. Le désintérêt des instances et le manque d’investissements des années durant ont empêché les jeunes filles et les femmes de jouer au football comme il se doit, ainsi que d’occuper des fonctions techniques, administratives et dirigeantes au sein du football. Les femmes ont donc eu du mal à faire entendre leur voix et à promouvoir le changement. Le Congrès de la FIFA a effectué les premières démarches visant à corriger le tir en faveur du football féminin et de la place des femmes dans le football. Malgré le caractère durable de ses décisions, les défis s demeurent de taille et il ne faut pas nous arrêter en si bon chemin. Pour se faire, attirer les jeunes filles et les impliquer sur la durée. Promouvoir les programmes de jeunes, les ligues et les compétitions, autant de piliers pour un développement durable du football féminin. Promouvoir le pouvoir social du football.

Propos recueillis par Pierrot Tako

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