L’épilogue d’un aventurisme politique qui a navigué à vue

L’ambiance exécrable qui plombait les relations déjà qualifiées par l’opinion de contre-nature ‘‘FCC-CACH’’ dans la cogestion de la République et laquelle a causé ce que le commun de mortel salue aujourd’hui, c’est-à-dire la débâcle du Front Commun pour le Congo, n’est que l’épilogue d’une coalition d’intérêts divergents.
Le décor était planté au lendemain des consultations initiées par le Chef de l’Etat, Félix-Antoine Tshisekedi qui avait annoncé, longtemps avant, qu’il déboulonnerait le régime Kabila, ce que la Kabilie a volontairement ignoré et a continué à jouer aux va-t-en-guerre face à un allié supposé faible. Aubin Minaku l’avait prophétisé à son temps : ‘‘Si Emmanuel Ramazani Shadary perd l’élection présidentielle de 2018, notre régime perd’’. On l’a pas cru. Le peuple avait déjà honni le régime Kabila et n’a pas offert une chance à Ramazani. Et la suite est connue. Aujourd’hui, l’heure de la sombre apocalypse a sonné pour le FCC, plate-forme politique chère à Joseph Kabila Kabange, Président honoraire et Sénateur à vie.
Le Premier-Ministre, Ilunga Ilunkamba, la Présidente de l’Assemblée nationale, Jeannine Mabunda, le Président du Sénat Alexis Thambwe Mwamba et le Vice-premier Ministre de la Justice et garde des Sceaux, Tunda Ya Kasende, quatre personnages-clés, imbus d’eux-mêmes, ont chacun, à tour de rôle, été déterminants dans ce qui apparait aujourd’hui comme le plus grand échec dans la stratégie de conservation de pouvoir politique.
Mais quels sont les signes annonciateurs de cette hécatombe ?
Les propositions de loi Minaku et Sakata, lesquelles ont soulevé un tollé général que ce soit dans l’opinion que chez leur allié dans la coalition, était l’occasion qui a donnée au larron Tshisekedi de lancer son projet de déboulonnement. Ladite loi conférait sournoisement toutes les prérogatives régaliennes réservées à la seule autorité du Président de la République (art. 82 de la Const.) au ministre de la Justice, notamment pour la nomination du Conseil Supérieur de la Magistrature … sur simple rapport positif du Procureur ou de l’auditeur. Les apparatchiks du FCC, en tête Emmanuel Ramazani Shadari, Secrétaire permanent du PPRD, ont fait une mise au point menaçant à l’endroit de leur partenaire : ‘‘On ne peut pas nous intimider’’, lorsque le camp CACH s’est offusqué de ce projet de loi transmis, sur initiative personnelle de Tunda, le 18 juin 2020, à l’Assemblée nationale. Le FCC n’a pas vu venir le feu lorsque Célestin Tunda Ya Kasende a perdu son poste et Kabila perdu sa Justice ‘‘aux ordres’’. Un néo-kabiliste, mi-figue mi-raisin, sera obligé de jouer un rôle néfaste après que sa sécurité lui soit garantie. Il s’agit de Benoît Lwamba, président de la Cour constitutionnelle dont Tunda a contesté la démission. Il se terre en ‘‘exil doré’’ à Bruxelles.
Au-delà de l’acte posé par le ministre de la Justice, l’attitude complaisante d’Ilunga Ilunkamba, Premier ministre, tendra à accréditer la thèse de sa complicité des égarements de Tunda qu’il tient, par-dessus tout, à couvrir au nom d’une solidarité de parti. Crime de lèse-majesté, les caciques du FCC boudent l’investiture des juges de la cour constitutionnelle et menacent de déchoir le président de la République. Seulement, ‘‘avoir de manière ostentatoire, refusé de participer à la cérémonie d’investiture de nouveaux juges de la Cour constitutionnelle organisée par la Présidence’’, c’était aller trop loin. Tunda évincé, Tshisekedi récupère la Justice à travers un fils-maison UDPS, Bernard Takaishe, Vice-ministre de la Justice et Garde des Sceaux.
Jeannine Mabunda, speaker à l’Assemblée nationale, majorité parlementaire FCC oblige, croyait avoir le Bureau dans sa poche, après l’éviction de Jean-Marc Kabund qu’elle a ‘‘personnellement’’ fait destituer au poste de Premier Vice-président, bien que ce dernier soit Président du parti présidentiel UDPS. Ce dernier vendra sa peau chère pour laver ce qui fut un véritable affront.
Pendant ce temps, Tshisekedi s’affirme. Contre la volonté de ses Alliés, des nouveaux juges entre en fonction à la Constitutionnelle, dans l’armée, quelques officiers sont désignés au sein de l’Etat-major, l’entérinement de Ronsard Malonda comme Président de la CENI est refusé. En plus, le débat sur le régime primo-ministériel, l’affaire Minembwe, …vont confirmer l’existence de la crise interinstitutionnelle qui sévit au pays. C’est là que Tshisekedi saute sur l’occasion, lors d’un message à la Nation. Il menace de dissolution l’Assemblée nationale, s’il ne trouvait pas une majorité à ‘‘son solde’’ pour mener à bien ses réformes et mettre un terme à la crise. L’argument massue marche : les députés s’étant évidemment rangés derrière lui par peur de revenir solliciter à nouveau des suffrages (ce qui n’est pas évident), vont déchoir Mabunda le 10 décembre 2020 (281 voix). Sans Justice ni Assemblée nationale, Kabila s’‘‘exile’’ à Lubumbashi.
Enfin, Ilunga Ilunkamba. Dès sa nomination par Félix Tshisekedi, il se met en porte- à-faux avec lui. Il est resté au service de Kabila au lieu de se mettre au service de la République. Il annonce souvent ‘‘faire rapport au président de la République Félix Tshisekedi et à Joseph Kabila’’. ‘‘J’ai préféré aller discuter avec Kabila à qui je dois ma candidature à la Primature’’.
Le FCC ne croyait pas en rajouter en déclarant que le Premier ministre ne répondra pas à une convocation émise par un Bureau d’âge ‘‘non compétent’’. Le vote de la motion a eu lieu le 27 janvier. Le résultat est humiliant pour celui qu’on appelle Pépé Ilunga (367 voix pour).
Plusieurs autres FCC ont fait la ronde de la prison ou s’y trouvent encore, à l’instar de Ngoy Mulunda, le pasteur séparatiste et ancien de la CENI.
Quant au Président du sénat, Alexis Tambwe Mwamba, son rôle politique, était celui d’une pièce de rechange pour parer à toute éventualité : mort, démission, incapacité de Tshisekedi. Le troisième round de la saga lui est réservé. Kabila qu’on disait très mature politiquement, a perdu coup sur coup trois batailles d’envergure. Mais à vrai dire, il n’a que payé cash son deal avec Tshisekedi.
E. Mus