L’art de la leçon d’État par son principal artisan : les dix enseignements d’une tribune paradoxale

Après des années d’un silence calculé, Joseph Kabila ressurgit subitement pour distribuer les bons et mauvais points, offrant une lecture de la crise sécuritaire dont la sévérité n’a d’égale que l’amnésie stratégique.
De la dégradation du front à la conduite des opérations, en passant par l’inefficacité décriée des médiations régionales et le tricotage d’alliances locales douteuses, l’ancien chef de l’État dresse un inventaire au scalpel. L’exercice ne manque pas d’audace : il faut en effet une certaine assurance pour disséquer avec une telle froideur d’expert les défaillances d’une mécanique sécuritaire et institutionnelle dont il a lui-même posé les fondations durant près de deux décennies.
La charge se veut plus vertueuse encore lorsqu’elle s’aventure sur le terrain de la démocratie et du dialogue national. Accuser le pouvoir actuel d’exiger « la soumission plutôt que la solution », tout en se posant en défenseur bienveillant des initiatives de la CENCO et de l’ECC, relève d’une remarquable maîtrise du contre-emploi.
Voir la culture du compromis et le respect des corps constitués célébrés par celui-là même sous le mandat duquel les évêques et la société civile devaient lutter au quotidien pour arracher le moindre espace d’expression démocratique offre un spectacle d’une ironie mordante.
En concluant son manifeste par un plaidoyer pour une sortie de crise purement politique, l’ancien président achève d’ériger la posture en doctrine. Il est évidemment plus aisé de théoriser la paix dans le confort du retrait que d’en assumer la charge face aux réalités du terrain.
Mais en prétendant offrir aujourd’hui la clé d’un verrou qu’il a lui-même contribué à bloquer, cette sortie rappelle une vérité simple : la diplomatie d’un pays ne se bâtit pas sur les leçons d’anatomie de ceux qui ont entretenu la maladie.
TM Polymathe