#RDC/AGRESSION : TENU SECRET PAR KINSHASA, KAMPALA FUITE L’ACCORD AVEC LE CRP LUBANGA


La rencontre tenue à Kampala entre une délégation de haut rang des FARDC et Thomas Lubanga, chef de la Convention pour la révolution populaire (CRP), s’est déroulée le 9 octobre au State House Entebbe dans un climat paradoxal mêlant secret diplomatique et visibilité assumée par les autorités ougandaises. Alors que Kampala a laissé filtrer les détails de la réunion, ni Kinshasa ni l’Ouganda n’ont publié de communiqué officiel pour en sanctionner les conclusions, laissant l’opinion publique face à un épisode à la fois discret, sensible et politiquement déroutant.
La délégation congolaise, conduite par le lieutenant‑général Jacques Ychaligonza Nduru, chef d’état-major adjoint des FARDC, en charge des opérations et du renseignement, était composée de plusieurs figures clés de l’appareil sécuritaire, dont les gouverneurs militaires du Nord‑Kivu et de l’Ituri. Leur présence à Entebbe a immédiatement suscité des interrogations, notamment parce que le gouvernement congolais maintient une ligne officielle ferme : refus de toute participation à un dialogue national avec les groupes armés et exclusion de ceux qui ont pris les armes de tout processus politique. Dans ce contexte, la reprise de contact avec Thomas Lubanga apparaît en contradiction avec la doctrine affichée par Kinshasa.
Cette contradiction est d’autant plus marquante que Jacques Ychaligonza fut, dans les années 2000, le chef de la branche militaire de la première rébellion de Lubanga, alors soutenue par l’Ouganda. Le retour de ce duo dans une même salle de négociation, sous l’égide du président Museveni, donne à la rencontre une dimension historique et symbolique que les autorités congolaises n’ont pourtant pas assumée publiquement. Lubanga, qui a lancé en mars 2025 depuis Kampala sa nouvelle rébellion CRP, demeure un acteur militaire influent en Ituri, et son positionnement régional est étroitement lié à l’Ouganda, où il conserve des relais politiques et sécuritaires.
Un épisode récent, passé presque inaperçu, éclaire davantage les liens entre Kampala et la CRP. L’un des collaborateurs de Lubanga avait été arrêté en Ouganda avant d’être renvoyé en Ituri, où il avait annoncé une désescalade des opérations de la CRP. Cette séquence, pourtant révélatrice d’une coordination tacite entre les autorités ougandaises et le mouvement de Lubanga, n’a pas retenu l’attention médiatique, éclipsée par l’adresse à la Nation de Joseph Kabila, prononcée le même jour du 9 octobre. Le timing a contribué à reléguer l’incident au second plan, alors même qu’il préfigurait la rencontre d’Entebbe.
La réunion facilitée par Museveni a abouti à une réaffirmation du cessez‑le‑feu unilatéral de la CRP et à un accord de principe pour relancer le pré‑dialogue initié en avril 2026. Mais l’absence de communication officielle laisse planer le doute sur le niveau d’adhésion du gouvernement central congolais à cette démarche. Les implications opérationnelles du cessez‑le‑feu, les engagements pris par les FARDC, et les perspectives d’un processus politique élargi restent floues. Cette opacité nourrit les interrogations de l’opinion, qui peine à comprendre comment un gouvernement qui rejette toute discussion avec les groupes armés peut simultanément engager des pourparlers avec l’un des chefs rebelles les plus emblématiques de l’Ituri. Ce qui augure une vraie jurisprudence si Kinshasa confirmait en être à l’initiative, prenant ainsi de court son propre narratif anti-rébellion.
Dans cette atmosphère de non‑dit, la médiation ougandaise apparaît comme un levier stratégique pour Kampala, désireux de réaffirmer son rôle dans la stabilisation régionale. La rencontre d’Entebbe, bien que non assumée publiquement par Kinshasa, révèle une réalité plus complexe que les discours officiels : la nécessité, pour les autorités congolaises, de composer avec des acteurs armés dont l’influence sur le terrain demeure déterminante. Elle met également en lumière les dynamiques régionales qui continuent de façonner la crise en Ituri, souvent loin des projecteurs, mais avec des implications politiques majeures.
[Crédit photo tiers]
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