Menace sur le Bas et Haut -Uélé : le gouvernement identifie les éleveurs Mbororo pour conjurer le spectre de l’insécurité

Dans les méandres verdoyants du nord et du nord-est de la République démocratique du Congo, là où la savane rencontre la forêt équatoriale, un comptage minutieux tente de fixer l’invisible. Autour de la table de travail du vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, de la Sécurité, de la Décentralisation et des Affaires coutumières, Jacquemain Shabani Lukoo Bihango, un premier bilan est tombé : près de 24 941 personnes et plus de 155 598 têtes de bétail identifiées dans les provinces du Bas-Uélé, du Haut-Uélé et du Nord-Ubangi.

Loin des communiqués laconiques de la télévision d’État, ces chiffres révèlent une réalité complexe : celle de l’immensité oubliée du Grand Nord congolais, confrontée depuis des années aux vagues de transhumance des éleveurs nomades dits « Mbororo ».
Le poids de la terre et le fracas des sabots
Depuis plusieurs saisons, la présence de ces pasteurs armés et de leurs immenses troupeaux de zébus empoisonne le quotidien des communautés locales. Dans le Haut-Uélé comme dans le Bas-Uélé, les récits d’agriculteurs voyant leurs champs piétinés, de tensions foncières exacerbées et de pillages se multiplient. Les populations locales, souvent démunies face à cette mobilité transfrontalière, crient à l’insécurité et à la cohabitation forcée.

C’est pour répondre à cette poudrière sociale que le gouvernement central a lancé, fin août 2026 lors de la 97e réunion du Conseil des ministres, une opération d’envergure. L’objectif affiché n’est pas seulement de recenser des individus, mais de cartographier les pistes, de comprendre la géographie de la détresse et de poser les jalons d’un État régulateur dans des zones où son autorité est souvent mise à rude épreuve.

Vers une politique nationale : sortir de la gestion au coup par coup
Lors de cette réunion d’évaluation à mi-parcours, les superviseurs venus du terrain ont dressé un tableau nuancé au patron de la Sécurité. Au-delà des chiffres, ce sont des tracasseries logistiques, des résistances et des zones d’ombre dans les mouvements de bétail qui ont été exposées à Jacquemain Shabani.
Plutôt que d’opter pour la seule voie répressive ou le statu quo, le ministre de l’Intérieur a instruit les experts de maintenir le cap tout en préparant un tournant majeur : l’organisation prochaine d’un atelier consacré à l’élaboration d’une politique nationale de transhumance.
Car, le défi de la RDC ne se résume pas à expulser ou à compter. Il interroge la capacité du pays à se doter d’une véritable législation sur la gestion des flux migratoires pastoraux, à l’instar d’autres nations de la sous-région. En attendant cet atelier crucial, les registres restent ouverts dans les deux Uélés, suspendus entre la crainte des villageois et le rythme lent des migrations animales.
Nico Kassanda